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Tomber de masques... mise à nu dans l'uniquité

par Isabelle Padovani

· Article

Ce sourire que je fais,
alors que j’ai envie de pleurer,
ces mots d’apaisement que je dis,
alors que j’ai envie d’hurler,
ce geste réconfortant que je pose
alors que j’ai envie de tout casser...

Lorsque je fais cela,
ce n’est pas (que) parce que j’ai des valeurs élevées
comme l’harmonie, la paix, la bienveillance ou la nonviolence,
mais parce que des aspects de moi
n’ont pas les moyens de prendre le risque
que l’autre ne m’aime pas, plus ou moins...

Vertige de réaliser combien de fois
et depuis combien de temps,
ces aspects de moi ont été les maîtres
de mes comportements :
toute une vie à développer
des capacités de suradaptation
aux réactions d’autrui
en vue d’obtenir ou de préserver leur amour pour moi...
 

Petites trahisons quotidiennes à qui je suis vraiment,
dans tout l’unique de mon être,
pour acheter cet amour dont ces aspects de moi
sont si affamés...

J’ai pris le temps d’aller les écouter, les rencontrer,
pour comprendre pourquoi il leur semblait impossible
de supporter un regard de l’autre qui serait moins qu’aimant :
j’ai découvert des tout-petits,
au regard encore empreint du souvenir
du Tout Amour dont ils sont issus,
qui est la substance même de leur être.
Nouveaux-nés à une incarnation
en laquelle l’amour que nous sommes,
pour être perçu et goûté,
requiert, jusqu’à ce que nous en ayons
retrouvé la Source en nous-m’aime,
un autre qui nous en fasse miroir...
Enfants en bas-âge qui n’ont pas les moyens
que leurs parents ne les nourrissent pas
de cet amour, quotidiennement...
Jeunes âmes en apprentissage d’humanité
qui observent alors ce qu’il faut être, dire, faire
pour recevoir cet amour vital à leur existence
puis commencent à se fabriquer
de leurs petites mains encore malhabiles
les masques de toutes les apparences « aimables »
qu’ils ont pu identifier...

Mon cœur a fondu de tendresse et de compassion
en les découvrant, dans toute l’innocence
et la pureté de leurs intentions.
Mon cœur s’est brisé en voyant les conséquences tragiques
depuis tant d’années de ma vie,
d’avoir porté tous ces masques,
avec tellement d’autres.

Puis, dans un grand craquement intérieur,
tout a lâché : le poids accumulé des masques
porté pendant plus de 50 années
les a fait tous tomber, en un instant.
Je les ai contemplés, éparpillés à mes pieds,
honorant la tranquillité qu’ils m’avaient permis
de goûter par moments,
les remerciant d’avoir joué leur rôle
pour tous ces petits en moi
qui en avaient tant besoin...
 

J’ai senti alors dans mon ventre
une force tranquille jusqu’alors inconnue,
celle de la flamme du Tout-Amour
y ayant fait son foyer et diffusant dans tout mon être
le rayonnement de sa douce chaleur.
Tout est là, plus besoin de chercher à l’extérieur,
moment de complétude absolue
au sein de l’Amour que je suis.

J’ai alors tourné mon regard vers moi :
je me suis vue,
dans la nudité originelle de mon être.
 

J’ai découvert mon vrai visage,
mon visage de vérité,
celui qui exprime uniquement ce qui est vivant en moi ,
sans se colorer de ce que l’autre voudrait que je sois.
 

J’ai écouté ma vraie parole,
ma parole de vérité,
celle qui exprime uniquement ce qui est vivant en moi,
sans mettre du miel sur mes lèvres
lorsqu’en ma bouche j’ai un goût amer.
 

J’ai senti ma vraie gestuelle,
ma gestuelle de vérité,
celle qui exprime uniquement ce qui est vivant en moi,
sans s’altérer de la trajectoire souhaitée par l’autre.
 

Et j’ai perçu qu’à partir de maintenant,
aucun masque ne serait plus possible :
jour 1 d’une vie sans être agie
par la peur de ne pas être aimée.

J’ai lu il y a fort longtemps une phrase d’Osho qui disait :
« L’éveil, c’est quand tu n’as plus rien à faire de ce que les autres pensent de toi. »
J’avais trouvé la formule un peu expéditive
et ne répondant pas, surtout, dans le « plus rien à faire »,
à mes valeurs d’empathie et de prise en compte de l’autre.
Je découvre ces jours le sens profond de sa phrase,
ce qu’il voulait dire « en vérité » :
il parlait bien, au fond, de ne plus avoir peur
de ce regard des autres sur soi,
ne plus avoir peur de leur jugement, de leur non-amour...
 

Pour moi, cet éveil-là (car je ne considère pas qu’il y a « un » éveil)
est celui de l’éveil à l’Amour que nous sommes,
qui nous libère définitivement
du manque d’amour et de tous les masques
que nous acceptons ensuite de porter pour en recevoir,
en mode « mendiants de l’amour »,
comme je me suis moi-même surnommée
pendant toute une partie de ma vie.
 

J’ai réalisé aujourd’hui toute étonnée,
que le fait qu’en 2009 j’ai commencé à m’aimer
et que j’ai fait mes premières expériences directes d’Unité
avec tout ce qui est, avait ouvert la voie
de la découverte de l’Amour que je suis,
mais ne m’avait pas encore libérée
de l’attente de l’amour d’autrui :
quelle joie de goûter depuis quelques jours
cette liberté-là, qui me permet enfin
de pouvoir rencontrer l’autre en vérité,
et de pouvoir lui offrir le cadeau de qui je suis,
dans l’unique de mon être !

Ayant à cœur d’être comprise dans ce que je partage avec vous aujourd’hui, j’aimerais encore préciser que ce dont je parle n’a pas pour résultante de :
- s’en foutre des autres : ce n’est pas parce que je n’adapte plus mes comportements en vue d’obtenir ou conserver leur amour que je ne prends plus en compte les besoins qu’ils peuvent m’exprimer
- leur dire leurs « 4 vérités » en mode chacal sous prétexte que je suis « en vérité » : j’utilise l’expression « être en vérité » dans le sens du processus de la Communication Nonviolente, où elle veut dire « exprimer quels sentiments et besoins sont en jeu pour moi dans une situation », en prenant pleinement la responsabilité de mes sentiments dont je sais que mes besoins sont la cause, l’autre n’étant qu’un stimulus.
- ne plus avoir l’élan d’être en relation d’amour avec autrui : simplement, la relation est fondée sur l’élan de partager l’amour que je suis, depuis un espace de complétude et de découvrir le goût unique de l’amour qu’est l’autre, sans que cet élan soit initié par un manque à combler côté amour.

Voilà les ami-e-s, c’est joyeux pour moi de partager avec vous cela ce matin et si cela peut contribuer pour l’un ou l’autre d’entre vous, j’en serai heureuse !

De tout cœur je vous souhaite le meilleur dans l’expression de votre uniquité !

Isabelle Padovani
www.communification.eu

Illustration : Métamorphose de Maria-Luise Bordirsky

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